Amicalement Vôtre, 40 ans après


Article paru dans Le Bond 29 (septembre 2012)

Article paru dans Le Bond 29 (septembre 2012)

Le bleu de ses yeux dans le rétro de la DBS éclaire une fin de journée londonienne. Hyde Park bruisse d’automne et l’élégante et confidentielle Kent House, lovée à Knightsbridge, se joue un retour vers le futur en direct. Son regard s’égare. Et resurgit rugissante la déferlante Seventies. Vague colorée, fous remous, éclats de vivre qui s’envolent aussi haut que le cri des oiseaux. On a tous dans le cœur un morceau de Barry à fredonner…

par Marie-France Vienne

Bahama Yellow. Mythique. La DBS immatriculée BS1 somnole devant Kent House en ce 10 septembre 2011. Des murmures d’émerveillement parcourent le petit groupe qui patiente devant la lourde porte. Le cliquetis des appareils photo semble lui aussi vouloir se faire discret. Le soleil pose ses rayons fléchissant sur le capot immaculé. La grille de Rutland Gardens s’ouvre sur une Mercedes compact aux vitres teintées. Lord Brett Sinclair apparaît, élégant dans son blazer bleu marine, impeccable avec sa cravate rose pâle. Il s’avance doucement et vient s’appuyer contre son Aston Martin, l’œil goguenard. La pose est naturelle et le côté voluptueusement play-boy de Brett reprend le dessus. L’histoire, ici, repasse les plats.

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Network DVD a d’ailleurs mis les petits plats dans les grands pour l’édition du coffret Blu-Ray de la série qui comprend des bonus encore inédits, comme le reportage mené sur le tournage à l’époque par FR3 Côte-d’Azur. Cent cinquante personnes se sont inscrites et sont présentes pour assister à la projection sur grand écran de deux épisodes de la série culte : « Overture » et « A Death in the Family », soit le premier et le dernier épisode.

Roger Moore s’est engouffré dans la maison. Il se remet d’une infection pulmonaire qui l’a empêché de se rendre au festival de musique de chambre de Dubrovnik, une semaine auparavant. Assis derrière une large et massive table en bois sombre, il regarde du coin de l’œil les piles de Blu-Ray s’entasser à ses côtés en sirotant une coupe de champagne. Sinclair un jour, Sinclair…

Cela s’agite avant que les portes ne s’ouvrent aux fans venus d’un peu partout participer à cet événement unique : les bouchons sautent et le célèbre thème de John Barry enveloppe les pièces. Frissons. Roger Moore écoute avec attention les dernières nouvelles du Club : la finalisation du double « Archives » qui lui est consacré et la future « British Week du Touquet » en préparation. Toujours aussi chaleureux, amical, prévenant.

Sang blu et Bleu-Ray

Amicalement VotrePendant près de deux heures il signera les coffrets. Du moins pour celles et ceux qui sont titulaires du ticket « Golden Napoleon ». Johnny Goodman est là qui échange avec le public. Il parle de « Rog », car Roger Moore préférait qu’on l’appelle ainsi. Et puis il y a l’heureux propriétaire de l’actuelle Aston Martin. Il a fait des photos, un peu plus tôt dans la journée, devant Queen Anne’s Gate, le flat de Lord Brett Sinclair. Et de se rappeler que la voiture avait été immatriculée PPP 6H en 1970. BS1 ne fut possible que grâce à l’accord d’un directeur de cirque, Bill Smart, alors détenteur de cette plaque minéralogique. Hors tournage, Roger Moore délaisse quant à lui son Aston Martin pour le confort d’une Mercedes 280SE.

La salle de projection vibre quand arrive Roger Moore suivi du célèbre critique britannique Barry Norman. Salve d’applaudissements, standing ovation pour un Lord toujours aussi sémillant. La projection du premier épisode nous replonge dans ce passé finalement pas si lointain. Vavavoom sur la Côte d’Azur, « punchlines » bien envoyées et mandales à gogo pour une ou deux olives. Jouissif. Et puis le moment tant attendu, le retour de Brett sur scène pour reparler de Sinclair. Et d’évoquer les premiers pas des deux protagonistes dans la série : la rencontre d’une star du petit écran et d’un monstre sacré d’Hollywood qui nourrissait quelques doutes quant au succès de la série.

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Légendes d’automne

Roger Moore a loué leur complicité qui a perdurée bien au-delà de la durée du tournage. Des propos politiquement corrects. « Pourquoi avoir choisi de faire ‘Amicalement Vôtre’ ? » lui lance, à brûle pourpoint Barry Norman. « Pour avoir le plaisir de vous en parler 40 ans après » réplique, sourcil gauche levé, Roger Moore. Qui ajoute qu’il aurait été heureux s’il y avait eu davantage d’épisodes. Ce qui lui aurait fait manquer l’opportunité d’endosser le smoking de Bond. « Non, c’est Bond qui aurait eu la malchance de ne pas m’avoir », reprend du tac au tac James le plus calmement du monde. Un James qui aurait rêvé de sable fin infini sur fond de Maurice Jarre. L’histoire ne nous aura pas donné « Roger of Arabia » mais Lawrence restera son héros, et le chef d’œuvre de David Lean son film préféré. On pensait qu’il n’aimait pas la violence. On se trompe, il adorait les combats à l’écran : « parce que je savais que j’allais toujours gagner », sourit le Sir.

Roger Moore se lève, salue le public et ne reviendra pas après la projection du second épisode. La fatigue a rattrapé Lord Sinclair. Le ciel est d’encre, la BS1 s’est assoupie devant Kent House et les invités sortent par grappe pour s’évanouir au fil des grilles de Hyde Park.

AV


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