Un autre jour


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Paru dans Le Bond n°30

Il y a les fans lambda et les inconditionnels. Les seconds ne sont jamais que des fans lambda qui, un jour, ont eu un déclic et se permettent aujourd’hui plus de sévérité ou de clémence envers la saga selon la situation. J’étais un fan lambda. Allez savoir pourquoi, mon déclic s’est produit peu avant Meurs un autre jour. Le 20e épisode de la saga est devenu de fait le premier James Bond dont j’ai activement suivi la naissance, bien aidé par un web de plus en plus efficace pour relayer la moindre information sur le tournage.

Par Vincent COTE

Nous sommes fin 2001. À l’époque, les rumeurs circulent. On parle de Whitney Houston pour le rôle féminin qui reviendra à Halle Berry. Le colosse Arnold Vosloo (La Momie) est évoqué, sans doute pour le personnage qui deviendra Zao. Le rôle de Gala Brand (hommage au livre Moonraker) est finalement rebaptisé Miranda Frost.

L-R: Toby Stephens, Rosamund Pike, Pierce Brosnan, Halle Berry and Rick Yune. January 11, 2002 London, England, UK

L-R: Toby Stephens, Rosamund Pike, Pierce Brosnan, Halle Berry and Rick Yune. January 11, 2002 London, England, UK

Quand vient la conférence de presse, début 2002, on découvre enfin l’équipe : Halle Berry, Rosamund Pike, Rick Yune, Toby Stephens et… l’Aston Martin Vanquish en grande star. Le titre n’est pas encore connu. L’appellation Bond 20 restera utilisée un certain temps, histoire de marquer les esprits en cette année de 40e anniversaire… Les rumeurs tablent sur Beyond the ice, c’est finalement Die another day qui sera le titre du film, traduit en français (pour la dernière fois à ce jour) par Meurs un autre jour.

Tout va ensuite très vite. Étalé sur toute l’année 2002, le tournage conduit l’équipe du film en Islande, en Espagne, et bien sûr en Angleterre pour beaucoup plus de scènes qu’il n’y paraît. Pierce Brosnan se casse le genou sur le tournage de la scène des Hovercrafts. Halle Berry se prend une poussière dans l’œil en Espagne et doit être emmenée à l’hôpital. Tout cela allègrement amplifié par la presse. Une première bande-annonce apparaît. Puis une deuxième, très prometteuse.

Le jour de la projection arrive enfin. Le film en met plein la vue. Le pré-générique est rythmé et le générique est inédit puisqu’il intègre des scènes à part entière de l’intrigue. On découvre ensuite Bond barbu (question barbe, Daniel Craig peut se rhabiller). Puis toute la première partie nous plonge dans une atmosphère typiquement bondienne faite de destinations exotiques, d’espions chinois, de belles créatures sur la plage.

Parmi elles, Halle Berry bien sûr. Oscarisée pendant le tournage pour son rôle dans le film À l’ombre de la haine réalisé par Marc Forster (qui dirigera Quantum of Solace six ans plus tard…), Halle Berry est au sommet de sa gloire. Et elle porte le statut de James Bond girl également au sommet. Jamais personnage féminin n’avait autant été l’égal de Bond. La belle est même à côté de Pierce Brosnan sur les affiches. Dans l’euphorie, une série de films avec le personnage de Jinx est même envisagée avant d’être oubliée

DAD - Poster- France 3

La suite du film comble aussi le fan que je suis. Décors grandioses, action à haute dose et tous les clichés que le grand public est en droit d’attendre, amplifiés par les références aux autres films de la saga. Meurs un autre jour semble parfait. Mais, pris dans son élan de gigantisme, le film semble s’emballer et ne plus s’arrêter dans l’excès. Excès du scénario, excès d’effets spéciaux, excès de promo, etc.

À tel point que certains rires des spectateurs dans la salle sont plutôt inquiétants : est-ce vraiment drôle de voir 007 échapper à la mort en surfant sur une vague virtuelle provoquée par un tsunami d’images numériques ? Bref, un mélange des genres plutôt dérangeant pour les inconditionnels mais qui passe finalement sans encombre pour les fans lambda pris dans le tourbillon du film.

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Et moi, encore à mi-chemin entre ces deux statuts, je décidai d’attendre la sortie du James Bond suivant avant de juger celui-ci. Voilà sans doute pourquoi Meurs un autre jour est aujourd’hui si décrié : parce que, quatre ans plus tard, le chef d’œuvre Casino Royale allait enfin remettre d’accord inconditionnels et fans lambda.

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