Daniel Craig : Interview avec le Club


Paru dans Le Bond 42 en décembre 2016

Paru dans Le Bond 42 en décembre 2016

Pour la sortie de SPECTRE, les Clubs James Bond de France de Suède et d’Angleterre ont uni leurs forces pour poser leurs questions à l’homme derrière le smoking

Propos recueillis par Luc Le Clech, Anders Frejdh et Ben Williams, traduction Eric Saussine et Pierre Fabry

Le Bond : Voilà dix ans vous vous disiez heureux à la lecture du script de Casino Royale, plus réaliste. Qu’en est-il en 2015 ?

Daniel Craig : Je peux avoir une question facile ? (rires) J’ai changé. En vieillissant, on voit le monde de manière différente. Quand j’ai commencé cette aventure, il n’y avait pas de stratégie. J’avais pour objectif de faire un film, le plus réussi possible. Casino Royale, c’était un peu comme une matrice. Et je suis très satisfait de ce que nous avons fait pour Spectre. Il y avait une idée générale au début, au-delà de faire un bon premier film, c’était de prendre tout ce qu’il y avait de bien précédemment et de le réintroduire de manière originale. C’est ce que l’on a fait, je crois, avec ce film. C’était l’ambition de Sam d’ailleurs, dès que l’on a commencé à en parler. Nous avons eu un succès considérable avec Skyfall. Mais avons essayé de faire encore mieux, encore plus grand, plus fort. Nous avons voulu quelque chose d’exotique, tout ce que nous apprécions dans les films de Bond : nous voulions le retrouver ici. Et en plus, nous avons maintenant lié les quatre films ensemble en une seule grande histoire, ce qui est vraiment très agréable.

Le Bond : Cela résonne un peu comme un « au revoir », non… ?

Daniel Craig :En fait, je meurs… (rires)

Le Bond : Est-ce votre dernier Bond ?

Daniel Craig :Eh bien, je ne sais pas…

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Le Bond : Avec Sam Mendes, vous avez conduit cette franchise très haut, bien au-delà du divertissement bon enfant qu’elle était avant, qu’est ce qui rend Sam Mendes précieux ?

Daniel Craig :C’est quelqu’un de très intelligent, de très perfectionniste. Il a eu la volonté de se dépasser, de suivre des voies qu’il n’avait jamais exploré auparavant. Il est redoutablement efficace lorsqu’il s’agit de tirer le meilleur parti du travail de chacun et plus généralement d’obtenir du bon boulot de son équipe. Sur Skyfall, il était le petit nouveau qui se demandait ce qu’il pouvait faire, ou pas. Sur ce film, cette pression-là n’existait plus. Nous avons fait des choses pour Spectre, qui n’avaient jamais été tentée auparavant. En particulier, en matière de scènes d’actions, la séquence d’ouverture notamment qui est juste énorme. L’équipe avait tellement envie de réaliser cette séquence. On avait une grue qui surplombait trois immeubles. Je suis proche de l’équipe et ça fait un moment déjà que je travaille avec ces gens-là… et je voyais le chef technicien (en gros, le chef de tout le plateau) qui poussait cette grue, et qui me suivait le long de cette longue corniche… voilà tout ça, c’est dû à Sam, à sa volonté de repousser les limites

Le Bond : Vous dites que c’est plus naturel désormais pour Sam Mendes de faire ce second film, il est plus en confiance… qu’en est-il de vous ?

Daniel Craig :Je le suis plus aussi (rires). Mais cette confiance est d’autant plus présente que vous avez autour de vous une équipe si talentueuse. Pour ce film, nous avons des talents exceptionnels. C’est de la que je tiens ma confiance.

Le Bond : Avez-vous eu votre mot à dire concernant les actrices de ce film ?

Daniel Craig : On me pose toujours cette question, comme s’il y avait de la promotion canapé ! (rires) Sam attire de bons acteurs. Quand on a distribué les rôles pour Skyfall, Naomie est arrivée, puis Ralph, Ben… c’est énorme. Ce fut la même chose sur ce film. Le nom de Monica est venu, puis celui de Léa… c’était l’évidence. Ce sont de grandes actrices. Et elles me poussent à aller moi-même plus loin. J’ai envie de travailler avec des gens qui me tirent vers le haut. Et ils le font, ô combien !

Bond a changé ma vie !

Daniel Craig

Le Bond : Quelle est votre contribution au mythe bondien ? Et que vous a-t-il donné en retour ?

Daniel Craig : En réalité, pour répondre à votre première question, je ne sais pas, vraiment et ce n’est pas à moi de le dire mais plutôt aux spectateurs. C’est un beau voyage, et aujourd’hui une part importante de ma vie. J’adore faire ça. Bond a changé ma vie, de bien des manières, très positives. Mais mon plus grand bénéfice est certainement professionnel, travailler sur soi et avec toutes ces personnes.

Le Bond : La scène de combat dans le train est juste à couper le souffle, jamais vue auparavant… Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Daniel Craig : Nous avions besoin d’un grand homme de main, nous voulions revenir à la tradition bondienne de ce point de vue. Dave Bautista est parfait. Et pas seulement parce qu’il est colossal. Il se déplace comme un chat, il est terrifiant. Mais il est aussi très doux, adorable dans la vie… Dans cette lutte, nous voulions une énergie, une rudesse et à la fois quelque chose de classique, de mythique. Nous y avons travaillé des semaines et des semaines, c’était un dur travail.

Le Bond : Quelle part avez-vous pris au fil des années à la conception des films ?

Daniel Craig :Je suis très impliqué dans le processus créatif. Et je suis extrêmement reconnaissant qu’on m’ait donné la chance de l’être autant. Cela m’est précieux dans la construction du personnage. Savoir d’où l’on part et où l’on veut en venir. Je suis présent dès le tout début, à la table d’écriture avec les scénaristes, avec Sam, et avec toutes les équipes de créatifs…et cela jusqu’à la fin. J’ai apporté par mal de choses. Nombre de répliques qui tuent sont le fruit d’improvisations sur le plateau.

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Le Bond : Combien de fois avez-vous vu les films ?

Daniel Craig :Un grand nombre de fois. Quand vous discutez, vous pouvez dire que tel moment va ressembler à Goldfinger, à l’un des romans. On les utilise comme des références. Je ne les connais peut-être pas par cœur, mais je les maîtrise assez bien. Il faut s’inspirer de ce que l’on peut. Je regarde aussi d’autres films auxquels on se réfère. Vous le savez, quand Bond a commencé, c’était les seuls gros films d’action, et maintenant, cinquante ans plus tard, il en a beaucoup, donc il nous faut essayer de rester pas loin du sommet ! L’inspiration, nous la prenons partout.

Le Bond : Parlez-nous de la longueur d’un tel tournage.

Daniel Craig : Je suis loin de la maison pendant huit mois. Mais c’est pareil pour toute l’équipe. Votre famille vous manque. Parfois vous arrivez à la voir un peu. Après le tournage, c’est presque les vacances, mais je suis là avec vous (rires). Je suis fier du film, et donc heureux de pouvoir en parler. Je suis fier de ces quatre films.
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