Un espion et ses gadgets

Il n’aurait pas eu son Aston Martin DB5 truffée de gadgets, ce brave 007 aurait fait long feu ! et GOLDFINGER, quintessence de la saga James Bond, n’aurait duré que trente minutes, chrono en main. Un peu court pour une légende. Dès lors on peut se poser la question suivante : les gadgets sont-ils responsables de l’incroyable longévité du phénomène 007 ?

Jamais sans mes gadgets

Alors oui, les gadgets ont plus d’une fois tiré Bond de situations improbables dans lesquelles des méchants à l’esprit torturé (agissant eux-mêmes comme les pantins de scénaristes non moins torturés) l’avaient placé. Sans sa montre et ses capsules à air comprimé, 007 serait encore suspendu sur une plateforme au-dessus de l’eau dans le souterrain du docteur Kananga, à se balancer en attendant qu’on le sorte de là. Sans sa combinaison de ski à cocon de protection intégré, James Bond aurait fini enseveli sous une avalanche. Mais comme Elektra King était avec lui, finalement il aurait peut-être mieux valu.

De la photocopieuse dans Au Service Secret de Sa Majesté au téléphone « pad » qui permet de contrôler sa voiture à distance dans Demain ne meurt jamais, les gadgets dans les James Bond ont souvent conquis le public en réussissant le tour de force d’être à la fois innovants et crédibles. En un mot : visionnaires. Ils confèrent dès le début de la saga un petit complément d’âme aux films et donnent à 007 un côté « in » (comme on disait à l’époque) puisqu’il a toujours la dernière invention avant tout le monde. Avant même que les inventeurs y aient pensé. Merci Q.

Mais au fil du temps, l’abus de gadgets peut commencer à verser dans la paresse (celle de James Bond comme des scénaristes) plutôt que dans la survie. L’improbable Identigraph de Rien que pour vos yeux permet ainsi de sortir (un peu trop) facilement d’une impasse scénaristique dans laquelle 007 avait été conduit. En trouvant, par on ne sait quel miracle technologique de l’époque, le portrait exact d’un suspect, cette encombrante machine relance ainsi un film qui tardait à démarrer. Face à cette déferlantes de « jokers » plus ou moins loyaux, les adversaires de Bond vont eux aussi se mettre à jouer du gadget.

Résultat, tout cela peut vite devenir une surenchère grotesque qui réinterprète l’éternel « C’est moi qui ai la plus grosse ». La plus grosse… voiture, bien évidemment. Puisque les engins motorisés à quatre roues font partie intégrante de cette compétition.

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Des gadgets qui tiennent la route ?

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Paru dans Le Bond 27 - mars 2012

Paru dans Le Bond 27 – mars 2012

 

Mais sur ce point, pas de contestation possible, c’est James qui gagne. Peu de méchants s’aventurent à entrer en concurrence avec lui. Goldfinger utilise sa lourde Rolls-Royce pour transporter de l’or, Scaramanga se sert de sa baroque AMC « couleur bronze » pour s’envoyer en l’air, et Sanchez accorde bien peu d’importance à sa Maserati 425 Biturbo.

Du côté des partenaires féminines, c’est pire. Une vision sexiste des choses semble vouloir que ces demoiselles en aient une vraiment plus petite que Bond. Jusque dans Quantum of Solace où Camille roule en Ford Ka. Le plus petit modèle possible, sans le moindre charme qui plus est. La Citroën 2CV de Mélina Havelock avait au moins de la personnalité. Elle inaugurait la série des « véhicules banals » que 007 allait devoir utiliser pendant toute la décennie 80 : Alfa Romeo GTV en 1983, Renault 11 en 1985, Audi 200 en 1987 ou encore Lincoln Mark VII en 1989.

Seules les vénéneuses femmes de main peuvent parfois tenir la dragée haute à Bond sur la route. Tilly Masterson puis Fiona Volpe n’hésitent pas à rouler à tombeau ouvert au volant de leur Mustang respective. Tout comme Aki et sa Toyota puis Xenia et sa Ferrari. Avec toutefois une constante : là où ces dames préfèrent les cabriolets pour rouler (longs) cheveux au vent, 007 préfèrera presque toujours la structure protectrice d’un coupé. Quitte à l’alléger du toit quand le siège éjectable doit être utilisé.

Mais les gadgets et les véhicules sont aussi le reflet de leur époque. Ou du moins ils évoluent avec. Dans les années soixante, ils sont futuristes. Dans les années soixante-dix, ils sont innovants. Dans les années quatre-vingt, ils sont amusants. Dans les années quatre-vingt-dix ils sont réalistes et dans les années deux mille ils sont… quasiment absents. Une tendance réelle. Les innovations du monde actuel vont si vite qu’une trouvaille au moment de l’écriture du scénario pourrait bien être « has been » à la sortie du film. Ou tellement invraisemblable (qui a parlé de voiture invisible ?) qu’elle viendrait décrédibiliser un film tout entier. Alors plus le temps passe, plus James Bond doit se sortir seul des situations improbables. Mais après 50 ans, son expérience devrait suffire pour y arriver, non ?



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