Les armes

Des pistolets au Service de Sa Majesté

Symbole de force et de séduction pour le chevalier des temps modernes, les armes à feux de James Bond sont devenues ce que le parapluie est à Mary Poppins : un attribut incontournable et indissociable de la personnalité de 007. Ils ont largement contribué à façonner l’image d’un personnage populaire et apprécié du grand public. Ces accessoires prennent une place à part dans la saga.

Par Philippe HEIDET

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Au début est le gunbarrel

Les séquences d’ouverture des films de James Bond sont immuables. L’agent 007 aperçu au travers du canon d’une arme à feu, marche de la droite vers la gauche, pivote puis tire en direction d’un ennemi qui le vise. La détonation accompagné du devenu célèbre « James Bond Theme » composé par John Barry est suivie d’un rideau rouge hémoglobine venant recouvrir progressivement l’écran. Le canon se met à vaciller puis s’effondre. Et c’est ainsi que commence depuis 1962 l’ensemble les aventures bondiennes au cinéma.

Plus pacifiquement, les stries du canon ont été filmée par Maurice Binder, concepteur de génie de quatorze mémorables pré-génériques à partir d’un pistolet de calibre 38, captés au moyen d’un sténopé (les caméras habituelles étant trop larges pour filmer l’intérieur d’un canon. Ces séquences devenues cultes ont été largement utilisées pour la promotion des films notamment au travers des bandes annonces. Curieusement ce n’est pas Sean Connery qui joua la toute première séquence d’introduction des trois premiers films mais le cascadeur Bob Simmons. En 1965, pour Opération Tonnerre, en raison du passage au nouveau format cinématographique en PANAVISION anamorphique 1:40:1, la séquence d’introduction est refaite : le « vrai » 007 en l’occurrence Sean Connery apparait.  Ensuite, au fur et à mesure des Bond, chacun des interprètes du héros britannique joua son rôle. Ils eurent chacun leur style pour dégainer et tirer. Roger Moore sera le premier et le seul à utiliser ses deux mains pour se servir de l’arme… et aussi à ne plus porter de chapeau.

Walther PPK

Revenons plus précisément sur le sujet. Dans Dr No, « M » remet à 007 un Walther PPK 7.65 mm en échange d’un petit Beretta 6.35 mm (qualifié de pistolet pour dame) venu s’enrailler lors d’une mission en ayant causé six mois d’hospitalisation. 007 réceptionne à contre cœur sa nouvelle arme de dotation. Dès lors le Walther PPK ne le quittera plus ou presque …

Étonnamment dans le film, James Bond ne reçoit pas comme annoncé un Walther PPK mais un Walther PP. Cette arme se différencie uniquement par un canon plus long (99 mm au lieu de 84mm). Autre surprise, le Beretta qu’il remet en échange du PPK à « M » n’est pas le Beretta .25 (ACP) calibre 6.35 mm des premiers romans de Fleming (un 418 si l’on en croit les indices laissés par Fleming) mais un Beretta 1934 calibre 7.65 mm. Plus loin, lorsque James Bond exécute le professeur Dent, il doit utiliser un pistolet avec silencieux. Seulement voilà, chez les accessoiristes pas de PPK ni même de PP disponibles sur lequel puisse être fixé l’élément en question… Qu’à cela ne tienne, un pistolet belge FN Model 1910 avec silencieux est trouvé pour la scène.

Enfin, dans l’affiche du film, 007 est doté d’une quatrième… un Walther P38 couplé avec un silencieux jamais utilisé. Ce n’est qu’à partir de Bons baisers de Russie que James Bond utilisa véritablement un Walther PPK, mais aussi plus tard d’autres modèles pour se défendre ou se promouvoir…

Walther au service de la Couronne

Arme de conception et fabrication allemande, le PPK fût conçu en 1931, juste après son frère, le Walther PP (1929). Le PPK (pour Polizei Pistole Kriminal) connut pendant de nombreuses décennies un succès notable en Europe auprès des services de police. D’un point de vue technique, cette arme a pour particularité d’être très légère et compacte. Elle est l’une des premières à être pourvue d’un dispositif de double action : permettant de tirer soit en basculant le chien vers l’arrière soit directement, sans le basculer. Autre caractéristique : la présence d’un dispositif de sûreté novateur pour l’époque qui neutralise simultanément  le chien et le percuteur. Il est enfin possible de déterminer par simple touché si une cartouche est engagée dans la chambre grâce à un témoin présent à l’arrière de la glissière.

D’un point de vue esthétique, l’équilibre des formes, le galbe du pontet, le prolongement inférieur du chargeur ou l’ouverture métallique bien visible sur le coté pour l’éjection des étuis confèrent au pistolet un style singulier et reconnaissable parmi tous. Dans la mythologie bondienne, le pistolet Walther porté discrètement dans un holster placé sous l’aisselle gauche s’accommode idéalement avec le smoking blanc ou noir du plus bel effet.

Le Walther PPK a réellement servi pour la protection de la famille royale. Un fait malheureux et bien réel en a révélé l’usage. En 1974, la princesse Anne est enlevée alors qu’elle revient de Buckingham Palace. Sous la menace d’un fusil mis en joue par un déséquilibré, le garde de corps tente une riposte mais son Walther PPK s’enraille. Le garde et le chauffeur sont tués. A partir de cette date les PPK sont retirés aux services de protection (John Gardner utilisera d’ailleurs ce fait pour justifier le changement d’arme de Bond dans ses romans).

Un pistolet n’a jamais figuré dans les romans ni les films pourtant il est devenu une icône bondienne : le Walther LP 53. C’est en fait un pistolet à air comprimé des plus ordinaires tirant des diabolos de plombs de 4.5 mm. Destiné à la pratique du tir olympique à 10 mètres voire à un usage en fêtes foraines, il ne dispose d’aucune puissance de feu.  Son apparition, en 1963, n’est dûe qu’aux circonstances.

Autre concours de circonstance vingt ans plus tard. L’année 1983 voit la sortie de deux James Bond : Jamais plus jamais et Octopussy. Dans ces deux films, l’arme utilisée par 007 est la même… un Walther P5, calibre 9 mm parabellum. Dans Octopussy, la raison est toute donnée : Roger Moore/007 perd son PPK lors d’une course poursuite dans les rues d’Udaïpur. En fait, l’entreprise Carl Walther GmbH cherche alors promouvoir son nouveau pistolet P5 auprès des forces de police. James Bond constitue un vecteur publicitaire incontestable. Le pistolet ne rencontra toutefois pas de réel succès commercial.

En 1989, Timothy Dalton reprend le costume de 007. Le Walther PPK en service dans ses deux films sera l’un des rares liens avec le passé, tout comme dans Goldeneye où Pierce Brosnan. Pourtant désormais les organisations criminelles se dotent d’armes toujours plus puissantes, des gros calibres tels les 0.44 Magnum, 357 Magnum ou 0.45 ACP… Face à la « concurrence » cinématographique, le petit 7.65mm de James Bond, agent britannique, commençe à faire pâle figure. 007 se tourne donc vers des calibres plus imposants, plus puissants. Voici donc qu’apparait le Walther P99, en service de Demain ne meurt jamais à Casino Royale. Arme de calibre 9 mm, le P99 est constitué en partie de matériaux composites et dispose d’un chargeur de très grande capacité (16 coups). La puissance de feu à la hauteur des nouvelles menaces et autres ripostes. Contrairement au Walther P5, le P99 connaît de nos jours en Europe un succès conséquent parmi les forces de police.

Quantum of Solace marque, sans que cela ne soit expliqué, le retour exclusif du PPK, attribut historique de notre agent secret. Cinquante ans après la création du personnage de James Bond, Skyfall a une résonance particulière pour l’arme mythique. En référence à la scène d’anthologie de Dr No, précédemment évoquée, un nouveau « Q », rajeuni, remet à 007 son nouveau PPK… plus exactement un Walther PPK/S, une version plus costaud que le 7.65 mm en 9 mm « court », calibre dénommé aussi 0.380 ACP.

Pour les besoins de l’intrigue, cette arme est dotée d’un système de reconnaissance digitale qui autorise exclusivement James Bond à l’utiliser… bien que M puisse l’utilise aussi. Les pistolets Walther auront donc traversés les époques. Comment conclure sans évoquer le matricule de James Bond dont le chiffre « 7 » est stylisé par la crosse d’un pistolet… Bond est indissociable de son matricule et de son équipement qui prend une place particulière dans l’histoire et la culture des Bond. Comme les diamants, les pistolets sont donc éternels … ou presque.

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Les pistolets de 007

Document confidentiel extrait de la branche « Q »

 

 

Beretta
.25
Walther
PP
Walther
PPK
Walther
LP53
Walther
P5
Walther
P99
Walther
PPK/S
Année 1919 1929 1931 1953 1979 1997 1978
Calibre 6.35 mm
Browning
7.65 mm
Browning
7.65 mm
Browning
Diabolo
4.5 mm
9 mm
Parabellum
9 mm
Parabellum
9 mm
Court
Capacité 7+ 1 coups 7+1 coups 7+1coups 1 coup 8+1coups 15+1 coups 7+1 coups
Matière Acier Acier Acier Acier +
Plastique
Acier Acier +
Composite
Acier Inox
Puissance
de feu
70 Joules 220 Joules 220 Joules 7 Joules 520 Joules 520 Joules 250 Joules
Longueur
du canon
60 mm 99 mm 84 mm 229 mm 90 mm 102 mm 83 mm
Poids à vide 350 gr 682 gr 568 gr 1160 gr 795 gr 605 gr 662 gr
N° de série des armes
Liste non exhaustive
Uniquement dans les romans 19174A 104718A
314818
348075K
811590
054159  

001482
024156

 

 

B8041841
037405

 

Inconnu

Les vrais « Q »

En 1956, suite à la lecture des premières nouvelles de James Bond, un certain Geoffrey Boothroyd écrivit à Ian Fleming pour lui faire part de son enthousiasme pour l’agent 007… mais aussi pour lui indiquer que le choix du Beretta .25 n’était pas adapté au héros. Le calibre 6.35 mm étant vraiment trop insignifiant. L’expert en armes à feu Boothroyd était l’auteur qui publia plusieurs ouvrages dont A Guide to Gun Collecting and Guns Through the Ages. Ian Fleming admettait lui-même ne pas connaître grand-chose aux armes à feu. Dans son courrier de réponse, Fleming exprima sa reconnaissance pour le conseil alloué. Deux ans plus tard, pour lutter contre Dr NO, il dote donc James Bond du fameux Walther PPK 7.65 mm. En reconnaissance du service rendu, Ian Fleming donne le nom de Boothroyd à « Q » (Q pour Quartermaster). Le vrai Boothroyd prêta aussi son Smith & Wesson 0.38 à Richard Chopping afin qu’il illustre la couverture de l’édition britannique de BONS BAISERS DE RUSSIE (1958). Au cinéma, les armes (bien réelles) sont fournies aux producteurs et réalisateurs par la société Bapty & Co de Norwood Green non loin de Pinewood, l’un des grands armuriers anglais spécialistes en armes pour le cinéma.

L’homme aux pistolets d’or

James Bond ferait presque pâlir Auric Goldfinger et Scaramanga. Les véritables pistolets utilisés dans les films de James Bond ont atteint des prix de vente astronomiques aux enchères. Le record est atteint… par le pistolet non utilisé pour le tournage des films ! Le 25 novembre 2010, le Walther LP53 utilisé par Sean Connery lors des séances de photos de 1963 (numéro de série 054159) est adjugé chez Christie’s à Londres  pour la somme faramineuse de 430 000 dollars, soit 10 fois l’estimation initiale.

La plupart des pistolets Walther (PP, PPK, P5 ou P99) utilisés lors des tournages furent également vendus aux enchères. Evidemment, pour des raisons de sécurité et aussi afin d’être en accord avec la règlementation, quasiment toutes les armes cédées lors de ces ventes ont dû être au préalable définitivement neutralisées. Dans ces conditions, ces armes ne reprendront plus jamais de service.

Smith & Wesson … & Bond

En 1971 « L’Inspecteur Harry » sort sur les écrans. Dans ce célèbre film américain, Clint Eastwood est pourvu du « soufflant le plus puissant de la création » (ndlr : réplique issue du film), un Smith & Wesson Modèle 29 avec canon long de 8 pouces 3/8 en calibre .44 Magnum. En 1973, James Bond en mission aux Etats-Unis utilise lui aussi cette arme en version chromé cette fois pour attaquer le camp vaudou dans le pré-générique de Vivre et laisser mourir. Aux yeux des fans, il démontre ainsi sa capacité à maitriser les armes à feux de gros calibre sur des tirs de longue distance. C’est aussi l’une des rares fois dans les films où James bond utilise un revolver à la place d’un pistolet semi-automatique … Dans son enfance, Roger Moore emprunte la carabine de son papa policier. Blessé par un tir de plomb accidentel, il avoue depuis lors détester les armes à feux. L’une des grandes difficultés est de garder les yeux ouverts lors des détonations d’armes ! On le voit pourtant sur la couverture de son autobiographie parue en 2008 avec un autre Smith & Wesson, le Mod. 10, arme justement empruntée au Sheriff J.W. Pepper sur le plateau de tournage de Vivre et Laisser Mourir.

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Roger



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