Lewis Gilbert

Lewis Gilbert est le réalisateur de 3 James Bond : On ne vit que deux fois, l’Espion qui m’aimait et Moonraker. Pourtant habitué à réaliser des drames intimistes centrés sur les personnages, on lui doit l’arrivée des Bond comme blockbusters explosifs et aux budgets de production démesurés.


Au départ, il a d’abord dit « non ». Puis, il s’est ravisé, et a fini par dire « oui ». « Oui » à Cubby Broccoli. « Oui » à James Bond ! Parce qu’il craignait de ne pouvoir apporter aucune valeur ajoutée à la série…

Lewis Gilbert ne se sentait pas d’assurer la relève après le retrait de Terence Young (Dr. No, Bons baisers de Russie et Opération Tonnerre) et la parenthèse dorée de Guy Hamilton (Goldfinger).

Mais le producteur de la franchise a réussi à le convaincre en titillant son amour-propre de réalisateur : « Ce que Cubby essayait de me dire, c’est qu’un très vaste public de par le monde attendait le prochain Bond. Alors j’ai accepté sa proposition, et le film est devenu un énorme succès. » De fait, en tenant compte de l’inflation, On ne vit que deux fois engrange 769 millions de dollars de recettes. Soit le quatrième plus gros succès au box-office de la saga, derrière le trio Skyfall, Opération Tonnerre et Goldfinger.

Tu ne peux pas refuser ce job. Il s’agit du plus grand public au monde !

Albert Broccoli à Lewis Gilbert
lorsque ce dernier décline l'offre de réaliser On ne vit que deux fois

Quand il rejoint la famille bondienne au milieu des années 1960, l’anglais Lewis Gilbert est loin d’être un néophyte. L’homme, qui est né à Londres en 1920, a fait ses classes auprès d’Alfred Hitchcock (Auberge de la Jamaïque, 1939) puis durant la guerre au sein du service cinématographique de la Royal Air Force où il enchaîne les documentaires. Après 1945, l’apprenti cinéaste commence à se forger une réputation dans le milieu en multipliant les tournages, essentiellement des films policiers et des films de guerre dont il écrit aussi les scénarios. Le tout à un rythme frénétique. Ainsi, en vingt ans, entre 1946 et 1966, Gilbert peut se targuer d’avoir mis en boîte vingt-deux films.

Le 23ème sera, sinon son chef d’œuvre, du moins son opus le plus marquant… avant les Bond. Son nom ? Alfie. Une comédie dramatique avec Michael Caine et Shelley Winters en vedettes qu’il a co-produite, laquelle rafle au printemps 1966 le prix spécial du jury à Cannes. Autant dire un label critique enviable pour Lewis Gilbert et un coup de projecteur idéal pour la suite de sa carrière. Les festivaliers de l’époque ont forcément gardé en mémoire le défilé des starlettes britanniques qui escortaient le séducteur Michael Caine, moulées dans leur pantalon blanc dont les fesses portaient l’inscription « Alfie is sexy ».

Après ce coup d’éclat sur la Croisette, Lewis Gilbert prend donc en main 007. Et l’emmène au Japon défier son plus grand ennemi, l’ignoble Blofeld, terré dans son repaire-cratère. Le technicien londonien patiente ensuite curieusement une décennie avant de renouer avec son agent secret préféré. Mais il a alors la chance d’en signer deux consécutifs en deux ans avec Roger Moore (L’espion qui m’aimait puis Moonraker), lequel a dit de lui qu’il était « l’un des grands gentlemen du cinéma. » À partir de là, Gilbert quitte les grosses productions et se lance dans une poignée de comédies romantiques et musicales dans les années 1980 et 1990.

Pour services rendus à la patrie, Lewis Gilbert est fait « camarade » du British Film Institute en 2001, à quatre-vingts ans. Une distinction de choix qui lui permet d’être la première pointure bondienne officiellement récompensée par l’institution. Depuis, il a été rejoint par Judi Dench (2011) et Christopher Lee (2013). Lewis Gilbert est aujourd’hui l’un des derniers techniciens encore en vie du Bond des sixties. Il a élu domicile sur la Côte d’Azur, à quelques encablures de Sir Roger Moore…


Repères

  • 6 mars 1920 : Naissance à Londres
  • 1944 : Sortie de son premier film, Sailors do care
  • 1966 : Récompensé à Cannes pour Alfie
  • 1967 : On ne vit que deux fois, le premier de ses trois Bond films
  • 1977 : Triomphe de L’Espion qui m’aimait
  • 2001 : Il est honoré par le British Film Institute

Par Guillaume Evin