Le Fleming Tour à Londres


Pour le centenaire de la naissance de Ian Fleming, la Grande-Bretagne a mis les petits plats dans les grands. Après une série de timbres et une réédition complète de son oeuvre, une très officielle exposition, “ For Your Eyes Only : Ian Fleming and James Bond ”, a rendu un bel hommage au créateur et à son envahissante créature…

Philippe LOMBARD

Mercredi 16 avril 2008, Gare du Nord, 8h15. Je suis au rendez-vous pour prendre l’Eurostar et rendre compte d’une expo Fleming à Londres en compagnie de mon ami Pierre Fabry. Il y a des moments plus pénibles dans la vie… Seulement voilà, Pierre m’annonce, la mine déconfite, qu’il a oublié sa carte d’identité ! Le SPECTRE est décidément partout, toujours prêt à entraver la bonne marche des humbles représentants de l’agent 007. Je dois donc me décider à passer la journée à Londres seul. Enfin pas tout à fait puisqu’il s’agit d’un voyage de presse.

Le bâtiment de l’Imperial War Museum est aussi imposant que son nom. A l’entrée, deux immenses canons anti-aériens
pointés sur les visiteurs nous feraient presque reculer. Mais nous avons une mission à accomplir. Nous entrons vaillamment! Dans le hall, l’ambiance est tout aussi martiale : camions militaires, tanks, avions de chasse… C’est ici déjà,  que le tout-Londres s’était retrouvé après la première royale de GoldenEye en décembre 1995. Gageons que les engins de guerre avaient été temporairement remisés à la cave pour l’occasion… Un oeil dans un rond rouge (logo très “bondien”) nous indique l’entrée de l’expo. Nous pénétrons enfin dans l’univers de James Bond…

FLEMING, IAN FLEMING…

Une lumière tamisée diffuse une ambiance très “ services secrets ”… La première vitrine nous présente le smoking de James Bond tel que décrit dans les romans. Une reconstitution du bureau de Fleming à la Jamaïque permet ensuite de découvrir sa mythique machine à écrire, ainsi que le tapuscrit original de Casino Royale… corrigé, raturé, réécrit par l’auteur. Il est amusant de voir que les premières lignes du roman (“ L’odeur d’un casino, mélange de fumée et de sueur devient nauséabonde à trois heures du matin… ”) ne lui plaisaient apparemment pas. Une citation fait sourire : celle d’une ancienne petite amie de Fleming tentant de le convaincre de signer son premier roman sous un pseudo, afin que son nom ne soit pas déshonoré… Les origines familiales du romancier sont largement abordées : un père idolâtré, une mère castratrice. Puis la jeunesse sportive mise en avant : de nombreuses coupes sont ainsi exposées.

Viennent ensuite ses activités de journaliste, illustrées de documents exceptionnels (son laissez-passer en URSS), sans qu’à aucun moment, cela ne soit rébarbatif. Les Anglo-saxons savent rendent attractif ce genre d’exposition par un sens du décor, de la mise en scène, de l’interactivité, et par une totale absence de complexe par rapport à la culture populaire (l’inverse de la France, en somme).

La présence de la célèbre machine de déchiffrement “Enigma”, qui inspira le “Spector” dans Bons Baisers de Russie (et le “Lektor” au cinéma), permet de raconter comment Fleming, alors qu’il était l’assistant de l’Amiral Godfrey, chef de la section navale des services secrets anglais, eut l’idée d’une opération pour récupérer le livre de codes des Allemands. “ Il proposa qu’une équipe britannique, déguisée en pilotes de la Luftwaffe, s’abîme dans la Manche avec un bombardier Heinkel (pris à l’ennemi). Le plan de Fleming était de tromper un navire allemand en lui demandant son aide, et une fois à bord de tuer les membres de l’équipage, de les jeter par-dessus bord et de rentrer en Angleterre avec le bateau. ” La mission n’eut jamais l’aval de l’amiral. Fleming lui-même la considérera plus tard comme un “non-sens ”. Certains panneaux
sont explicites : Fleming n’était pas à proprement parler un “agent” et qu’il n’ait jamais pris part à l’action. On peut cependant voir la veste qu’il portait lors du raid de Dieppe, auquel il a assisté en août 1942 depuis le destroyer “HMS Fernie ”.

DE LA REALITE A LA FICTION

La partie sur le James Bond littéraire nous fait pénétrer immédiatement dans un univers à la fois sombre, hautement technologique et très classiquement anglais. Un écran tactile permet de choisir le roman de son choix. L’itinéraire de chaque mission est donné, illustré de photos d’époque (une vue de Paris dans les années 50, la gare d’Istanbul…). Juste à côté, une roulette virtuelle (à laquelle on peut jouer) fait apparaître des portraits de personnages ayant compté dans la vie de Fleming. Cette interactivité, si elle n’est pas nécessaire, confère à la visite un côté ludique très agréable. Une carte géante du monde nous transporte dans la salle de réunion du SPECTRE… Un pur bonheur ! L’idée étant de créer (ou simplement mettre en avant) les connexions entre Ian Fleming, l’auteur, et James Bond, son personnage : c’est à dire entre la réalité et la fiction. Les concepteurs de l’exposition ont tenu à mettre en scène de véritables gadgets utilisés par les services secrets : un briquet appareil photo, un rouge à lèvres-pistolet (!), un parapluie à pointe empoisonnée (le fameux “parapluie bulgare”), des pièces de monnaie dissimulant des lames (idéal pour s’évader)…

Et lorsque, à quelques mètres de là, on admire les gadgets des films, on ne sait lesquels sont les plus extravagants ! Eon productions a ouvert ses archives et consenti à exposer certaines de ses plus belles pièces. Un petit inventaire ? C’est parti : les chaussures de Rosa Klebb, le cigare à oxygène et le jet-pack de Opération Tonnerre, la cigarette rocket de On ne vit que deux fois, le rétroviseur truqué de Vivre et laisser mourir, le pistolet d’or de Francisco Scaramanga et le masque de Tric-Trac dans L’Homme au pistolet d’or, le bâton de ski-fusil de L’espion qui m’aimait, un casque de cosmonaute de Moonraker, le violoncelle de Tuer n’est pas jouer, la valise à gadgets de Permis de tuer, la bombe du Monde ne suffit pas… Mais également des véhicules, comme l’incontournable “Petite Nellie” de On ne vit que deux fois, et une curiosité : l’Aston Martin DB5 miniature conçue pour le prince Andrew !

Côté costumes, comment ne pas admirer le manteau de Sean Connery dans Dr No, l’uniforme de commander de Pierce Brosnan dans Demain ne meurt jamais, la chemise tâchée de sang de Daniel Craig dans Casino Royale, le bikini de Halle Berry dans Meurs un autre jour, et les tenues de Jill Saint-John dans Les diamants sont éternels, celles de Lois Maxwell dans Octopussy. Quand l’exposition touche à sa fin, on est un peu surpris qu’elle ne soit pas plus longue (sept salles en  tout). Mais l’ensemble est de très bonne tenue. Le souvenir que l’on en garde est euphorisant ! Un événement bondien comme on en vit rarement dans une vie de fan…


Laisser un commentaire


Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :