Interview avec George Lazenby


Paru dans le numéro Hors série ARCHIVES 007 : AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE Décembre 2009

Paru dans le numéro Hors série ARCHIVES 007 : AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE
Décembre 2009

Il a fait un seul et unique Bond, mais le rôle a marqué sa carrière et l’imagination des milliers de fans. George Lazenby revient, avec SwindonWeb, sur la façon dont il a vécu James Bond et Au service secret de sa Majesté

Les scènes de combat qui constituèrent vos « screen test » impressionnèrent les producteurs. Furent-elles à ce point déterminantes ?

George Lazenby : Je ne sais pas. Il aurait fallu leur demander. Mais quand j’ai frappé ce cascadeur avec cette hargne, ils m’ont dit « Nous faisons affaire avec toi ». J’aurais dû l’éviter, mais je ne l’ai pas fait. Tout cela se déroulait au terme de quatre mois de tests en tous genres.

Ils vous ont vraiment fait languir. Vous ne saviez vraiment pas si vous aviez le rôle ?

Absolument. J’allais aux studios … et je disais : « Dites le moi ou allez vous faire foutre ! » J’étais ainsi. Quand enfin ils me l’ont annoncé, je me rappelle avoir dit « Il était temps ! ». Ils ont rétorqué : « Quoi ? ». J’ai juste répondu « Merci beaucoup ».

« J’ai abandonné le rôle, la franchise… Je me suis trompé. »

George Lazenby

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Que s’est il passé entre le moment où vous avez été désigné et le début du tournage ?

Il s’est écoulé seulement quelques jours. Peut-être deux ou trois semaines. Ils m’ont dit de partir, de prendre du recul, et de ne surtout pas parler à la presse. Ils avaient un deal avec Life Magazine, et si je faisais capoter ce deal, ils m’avaient confirmés qu’ils ne prendraient plus. « Voici un agent de voyage, dis lui où tu veux aller ! », avaient-ils ajoutés ! Le plus drôle dans tout ça c’est qu’entre temps le Pape proclama sont encyclique contre l’avortement qui fit un tollé. Et il a eu la couverture! Nous avons eu quatre pages à l’intérieur…

Est-il vrai qu’au premier jour du tournage, l’agent de sécurité à l’entrée de Pinewood ne vous ayant pas reconnu ne voulait pas vous laisser entrer ?

Oui ! [rires]

Vous êtes arrives au studio en moto. On vous a confié une voiture après ? Qu’ont dit les producteurs : « Vous ne pouvez pas arriver en moto » ou quelque chose du genre ?

Harry Saltzman avait souhaité déjeuner avec moi. Il m’a alors demandé ce qui me ferait descendre de ma moto. J’ai répondu : « Je ne savais pas que vous vouliez m’en faire descendre ». Et lui d’ajouter : « Et si nous vous donnons une Aston Martin ? » Je n’ai rien trouvé à redire, ils me l’offraient. J’ai dit « Formidable ! Je vais avoir une Aston ». Ils en louèrent une durant le temps du tournage.

Je suppose que vous ne vouliez pas en avoir une après que le tournage soit terminé ? Vous en aviez assez de tout cela.

J’en possédais déjà une. L’air conditionné ne fonctionnait pas [rires], et tout un tas d’autres choses. Mais, j’ai toujours pensé que c’étaient des voitures formidables. J’avais été mécano et vendeur de voitures, j’étais encore à ce stade de ma vie où lorsque j’étais au volant d’une voiture, ça m’excitait énormément.

Parlons maintenant de Peter Hunt, le réalisateur. Il était très fan de votre travail et eut une influence clé dans votre obtention du rôle. Mais vous avez connu un semi-échec relationnel avec lui très tôt, puis durant le film. Est-ce que cela a entaché l’ensemble de l’aventure ?

Avec moi, à dessein. Il a déclaré plus tard à quelques personnes que plus on se tenait loin de moi, moins ça allait. Et cela marchait pour le film ! Il a dit à tout le monde de ne pas me parler, de ne pas traîner avec moi. Il me rendait fou de rage et très anxieux.

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Dans ce contexte, vous devenant une star, puis-je en savoir plus sur votre coach Ronan O’Reilly ? Qu’en est-il ?

Je ne veux pas parler de lui. C’est une histoire douloureuse. Il m’a donné des conseils, celui d’abandonner le rôle, la franchise, prétendument à son apogée à l’époque d’Easy Rider et la période hippie qui donnait un coup de vieux à Bond, ce que j’ai fait. Je me suis trompé.

Quel regard portez-vous sur tout cela désormais ? Heureux ? Ou pensez-vous qu’à l’époque c’était la meilleure chose à faire ?

 Je ne sais pas ce que serait devenue ma vie, si je n’avais pas abandonné. On m’aurait sans doute qualifié de personne qui a réussie et j’aurais continué. J’aurais probablement eu trois ou quatre femmes à Hollywood et une addiction à la drogue [rires]. J’étais moi-même. J’allais là où mon intuition me portait. J’avais peu d’estime de moi, ce qui était triste. J’aurais aimé avoir la maturité que j’ai aujourd’hui.

Au terme de neuf mois de tournage, la page était tournée. Et vous découvrez dans les journées vos supposées querelles avec Diana Rigg sur le plateau. Comment avez-vous vécu cela ? Ou était-ce juste des rumeurs colportées par les journalistes ?

C’était à la fois fondé et infondé. Nous vivions des vies diamétralement opposées. C’était une actrice, une vraie. J’étais un illustre inconnu qui avait soudain décroché l’un des rôles les plus convoités au monde. Vous pouvez donc imaginer combien une personne comme elle pouvait juger cela.

Je voudrais revenir sur la scène où au terme d’un combat d’une rare violence avec un homme de main, vous engloutissez un toast de caviar si gros sans en renverser une bouchée. Cela a nécessité combine de prises ?

[rires] Malheureusement, Peter Hunt n’est pas là pour évoquer cette scène. Pratiquement toutes les scènes du film ne nécessitèrent qu’une seule prise. Il ne vous autorisait qu’une prise. Il me disait ce que je devais faire, et je faisais mon maximum. C’était une autre façon pour lui de me mettre la pression pour obtenir le meilleur de moi.

laz5Cela m’amène à la phrase la plus célèbre prononcée durant la séquence du pré-générique, celle où face camera vous adressant au spectateur vous dîtes: “Cela n’était jamais arrive à l’autre”. Qui en eût l’idée ?

Peter Hunt. Mais je répétais ça constamment, donc c’est un peu nous deux. Peter me faisait faire toutes mes cascades, ce que Connery n’avait pas à faire, et je disais sans cesse « Je parie que l’autre gars n’avait pas à faire tout cela ». Certains jours, je faisais des cascades jusqu’à 16 heures durant, passant de la première à la seconde équipe. Et je lui servais toujours cette phrase. Alors, lorsque nous tournions au Portugal, il est revenu à la charge avec. « Dis seulement l’une de tes phrases favorites ». « Laquelle ? », répondis-je. C’était donc son idée, mais mon texte !

Dernière question. Les producteurs vous ont fait parvenir un chèque pour le film suivant, Les Diamants sont éternels, mais vous le leur avez renvoyé…

Je me devais de le faire. J’avais un contrat de sept ans et ne l’ai jamais signé. La troisième année, la somme avait augmenté et mon avocat a dit que si je l’acceptais, ça équivalait à signer ce contrat. Et pourtant, je peux vous dire qu’à l’époque l’argent ne coulait pas à flot. Je vivais très au dessus de mes moyens, très au dessus ! [rires]

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