[Le Bond] Cary Fukunaga, un américain à la rescousse de Bond


Le Bond 53 – Decembre 2018

Article paru dans Le Bond n°53 (2018)

Son nom est Cary Joji Fukunaga. Le premier Bond qu’il a vu était Dangereusement Vôtre, et le prochain que nous verrons sera dirigé par ce réalisateur éclectique.

Barbara Broccoli et l’équipe d’EON Productions auront en fin de compte réussi à surprendre. Après le départ en pleine pré-production de Danny Boyle, les médias ont jonglé avec tous les noms de réalisateurs de thriller d’Hollywood, avant que les producteurs de 007 ne sortent la carte Fukunaga : un réalisateur méconnu mais reconnu que personne n’avait vu venir, mais dont on se souviendra sans aucun doute quand le film sortira en février 2020.

« Nous sommes ravis de travailler avec Cary », explique le communiqué de presse. « Sa versatilité et son sens de l’innovation font de lui un excellent choix pour notre prochaine aventure de James Bond ». Versatile, on peut le dire. Avec trois films et deux séries à son actif en moins de 10 ans de carrière, ce californien offre un profil vraiment original, car chacune de ses réalisations s’est attelée à des genres et lieux différents : adaptation de roman britannique, thriller social sur l’émigration, enquêtes policières hallucinées ou fiction jouant avec les genres, Fukunaga se réinvente à chaque film.

« Je savais que j’allais sauter d’un genre à l’autre au début, parce que c’est ce que je voulais », explique le réalisateur. « Vous passez tellement de temps à faire un film (en moyenne deux à trois ans voire plus), que l’on a le désir de faire quelque chose aussi différent que possible après ». Si elles sont surprenantes, ces différentes expériences ont tout pour servir à Bond 25 : Pour Beasts of no Nation, Fukunaga a du faire face à un tournage des plus compliqués au Ghana qui ne facilite pas ce genre de productions, ce qui ne l’a pas empêché de parcourir le pays à moto à la recherche des meilleurs lieux de tournage.

Avec Sin Nombre, il a du trouver un équilibre avec un film racontant l’histoire de plusieurs héros, et la violence des routes migrations mexicaines. Enfin, dans sa récente série Maniac, il jongle avec les genres en offrant 10 épisodes proposant chacun des mondes rêvés par des personnages victimes de tests pharmaceutiques.

La force de Fukunaga n’est pas juste la diversité de ses productions à 41 ans : sa capacité d’adaptation est sans doute ce qu’il y a de plus surprenant. Avec seulement deux films à son actif, on lui confie en 2014 la réalisation de la série True Detective : les producteurs avaient déjà défini le script et le ton de la série, mais c’est la réalisation de Fukunaga qui a permis à la série de devenir le succès que l’on connait : on se souvient surtout d’un plan séquence sur une fusillade à couper le souffle et de la performance sidérante de Matthew McConaughey, mais l’ambiance particulière de la série tient surtout à la manière dont le jeune réalisateur arrive à créer des atmosphères angoissantes avec les paysages de Louisiane, dans lesquelles s’immergent ses personnages.

Cela ne fait pas non plus de Fukunaga un yes man qui filme ce qu’on lui donne sans poser de question. Il a écrit le remake à succès de Ça en 2012 avant de claquer la porte lorsque le film allait dans une direction ne lui convenant pas. Lorsqu’il filme l’adaptation du très classique Jane Eyre de Charlotte Brontë, il lui apporte également son propre ton avec son sens des ambiances qui se mélange à la thématique récurrente dans ses films et séries, de la recherche d’identité.

« Chaque genre arrive avec ses motifs et ses attentes, mais de nos jours, on peut filmer exactement ce qui est attendu du genre, ou bien le détourner de façon intelligente, ce qui subverti le genre tout en lui restant fidèle. »

C’est sans doute ce qui l’a amené à James Bond : « Au fil des ans, on a vu beaucoup de différentes versions, pas seulement de Bond, mais aussi des films qui l’ont copié ou l’on imité. Alors je pense que c’est très excitant pour moi de pouvoir revenir à la source et jouer avec le matériel original. » Si on lui demande quel est son 007 préféré, Fukunaga se réserve : « Je ne pense pas que je puisse en choisir un en particulier. Chacun d’entre eux a apporté sa propre touche et c’est bon d’avoir cette différence. C’est ce qui fait évoluer le personnage au fil du temps. »

Est-ce ce qu’il a envie de faire avec la dernière aventure de Daniel Craig ? « Quand vous êtes attiré par un certain style, on peut jouer avec les attentes du public tout en le surprenant. Et la nature de la créativité est justement que les contraintes sont souvent de bonnes choses […] : Avoir des routes bien définies pour votre histoire vous permet de déterminer à quel point vous souhaitez vous en détourner. »

Il ne faudra cependant pas se faire d’illusions : après les tensions occasionnées par le départ de Danny Boyle, la route de Bond 25 est déjà bien tracée avec le script fini et validé de Neal Purvis et Robert Wade, et les possibilités de s’en détourner seront vivement contrôlées par la production. Mais si l’on en croit le parcours de Cary Joji Fukunaga, c’est justement ce genre de contraintes qui peut révéler son talent.

citations extraites d’interviews par Indiewire et The Guardian en octobre 2018


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